« Trois heures. L'heure d'aller regarder les étoiles disparaissant qui se découpent sur le ciel indigo.
Je m'avance, borde la rembarde en forge givrée et atteins la fenêtre. J'inspire. Et je me lâche. »
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• Dehors, il gelait. Moi, j'étais enfoncée dans le sofa écarlate ; occupée à feuilleter Brume de Stephe n King que j'avais déjà lu une dizaine de fois. Je pensais et repensais à tous ces moments enfantins où je m'amusais avec mon chien Dago, tous ces moments pendant lesquels je me délectais des co nfitures parfumées de mamie, tous ces moments où je tapais contre la porte de la chambre à ma s ½ur, tous ces moments envolés.
• Envolés ? Oui, c'est bien ça. Envolés à jamais. Plus jamais je ne les reverrai, plus jamais je ne m'a muserai avec eux. Tous ces moments ne sont plus que souvenirs douloureux et ma souffrance s'a ccroît de jour en jour. Je me souviens de cette fois. C'était un jour de pluie, tout le monde se pres sait dans la rue, et moi, j'attendais ma mère sous les arcades des Champs-Elisées. Elle avait rendez-vous avec le notaire qui allait nous prescrire les informations nécessaires pour la maison qu'on n'aur a finalement jamais achetée. Après une brève dispute pour cause de l'interminable attente que ma mère m'avait faite subir, nous rentrâmes à la maison. Nous remarquâmes que mamie, Sara et Dag o n'étaient pas là.
• Nous attendîmes patiemment que papa rentre pour lui faire part de notre inquiétude et lui deman der s'il savait où étaient les absents. Il hocha la tête en signe de négation puis appela la police. Elle n ous promit de les retrouver avant la nuit. Peine perdue. Je ne sais pas combien de temps nous atte ndîmes devant la porte d'entrée à nous morfondre. Il était deux heures du matin lorsque le commi ssaire vint. Je ne compris pas ce qu'il dit. Du moins pas grand-chose. Ce que je saisis était qu'on les avait retrouvés par terre près d'une église ou plus précisément sur son parvis. Mais quand je vis ma mère s'écrouler à terre et le visage de mon père virer au blanc, je compris. Je me mis à pleurer.
• Cela me hantait. Ca faisait exactement dix ans aujourd'hui que ma grand-mère, ma s½ur et mon chien étaient décédés. J'avais six ans lorsqu'on les avait retrouvés gisants, les bras en croix, sur le p arvis de l'église St Martin, une nuit de Noël. Ma mère avait mis un an avant de se remettre un peu d e cet effroyable évènement tragique. Mon père avait, certes, mis moins de temps, mais depuis cela, il était insomniaque ce qui lui causait de graves problèmes de santé. J'étais fille unique. Fille unique d epuis dix ans maintenant, et je ne savais toujours pas comment le tiers de ma famille était morte. Cela exerçait une pulsion effrayante sur moi. C'était obsédant. Ou pour tout dire, terrifiant.